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Quelques mots

Quand je dirige les acteurs, que je cherche avec eux la bonne direction, je vais sur le plateau pour vivre l’intention que je dois leur donner, sans aucune retenue : je jette mon corps dans l’action, je cherche, je trouve, je crie ou je pleure, je ris, je chante, je touche l’autre parce que j’ai besoin de l’autre, et parfois même, je postillonne…

Le 13 mai 2020, Ariane Mnouchkine confiait au magazine culturel Télérama : « La distance physique n’est pas tenable au théâtre. C’est impossible, parce que c’est le contraire de la joie. »

Elle ne m’en voudra pas de reprendre ses propos qui sont l’évidence même, car c’est pour cette raison que les Scènes de l’Enfance n’auront pas lieu cette année.

Des acteurs en costumes se regardant comme des chiens de faïence face à des spectateurs en quinconce, entourés d’un périmètre de vide de quatre mètres carrés ! Mais qu’est-ce ça veut dire ?

Le théâtre que nous pratiquons aux Tréteaux de l’Enfance depuis dix-sept ans ne s’adaptera à la distanciation physique : si nous jouions avec des masques, ils seraient commedia dell’arte, ou balinais, ou tout autre forme de demi-masque qui laisse passer la parole.

Le théâtre des Tréteaux ne pratiquera pas la distanciation physique :

ils travaillent ensemble, dansent, s’empoignent, se jettent, s’embrassent, se touchent, ils se parlent droit dans les yeux, droit dans la bouche, ils se transmettent des larmes et des rires, les acteurs ne peuvent pas jouer sans vivre pleinement les passions de leurs personnages.

Le théâtre des Tréteaux ne peut pas s’adapter à la distanciation physique. Les acteurs de ce théâtre-là ne le peuvent pas non plus.

Alors, nous serons patients. Nous attendrons dans l’ombre des coulisses. Et quand enfin nous serons véritablement débarrassés de ce Covid voleur de libertés, quand enfin nos spectateurs seront à nouveau comme un seul corps dans la salle, nous serons prêts à jouer la vie.

Voici ce que nous jouerons…

Julia